Mis à jour le 21 août 2026 par Héloïse Torreani Tendances Temps de lecture : 5 minutes Depuis son lancement, Wero s'est progressivement installé dans le paysage européen du paiement. Derrière cette marque se trouve un projet beaucoup plus vaste qu'un simple nouveau moyen de régler ses achats. Porté par EPI Company, un consortium réunissant banques et acteurs européens du paiement, Wero ambitionne de construire une infrastructure commune, capable de couvrir progressivement les paiements entre particuliers, le commerce en ligne et les achats en magasin. Pour ce deuxième épisode de Radio Retail, le podcast de Payplug consacré aux mutations du commerce, Alexandre Coquentin, Directeur des Partenariats chez Payplug, reçoit Fabrice Le Gall, Country Lead Manager France d'EPI Company. Leur échange revient sur les origines du projet, son déploiement progressif en Europe et les usages que Wero cherche désormais à installer auprès des consommateurs et des marchands. Derrière le développement d'un nouveau wallet se joue aussi une question plus large, celle de la capacité de l'Europe à disposer de ses propres infrastructures de paiement. Une dépendance devenue concrète En février 2025, Nicolas Guillou, magistrat français à la Cour pénale internationale, a été sanctionné par l'administration Trump. Ses accès à plusieurs services financiers américains ont alors été suspendus, parmi lesquels des services liés aux cartes et aux wallets numériques. L'exemple, cité par Alexandre Coquentin au début de l'épisode, permet de prendre un peu de recul sur un geste devenu quotidien. Payer par carte ou avec son téléphone paraît aujourd'hui si naturel que l'on oublie souvent les infrastructures qui rendent ces transactions possibles, ainsi que les entreprises et les réglementations qui les encadrent. C'est dans ce contexte que le projet Wero prend tout son sens. Il ne s'agit pas seulement de proposer une nouvelle façon de payer, mais de construire une solution européenne reposant sur des infrastructures et des règles européennes. D'une carte européenne à un wallet Wero est la marque commerciale d'EPI Company, pour European Payments Initiative. Le consortium réunit aujourd'hui 16 actionnaires, parmi lesquels 14 banques européennes et deux acteurs industriels du paiement, Worldline et Nexi. Le projet n'a pourtant pas commencé avec l'idée d'un wallet. EPI avait d'abord imaginé une carte européenne destinée à créer une alternative aux réseaux internationaux. Mais les coûts et les infrastructures nécessaires à un tel déploiement ont finalement conduit le consortium à revoir sa stratégie. Alors plutôt que de reproduire le modèle existant, EPI a choisi de s'appuyer sur une infrastructure déjà disponible à l'échelle européenne : le virement instantané SEPA. Cette évolution a permis à Wero de se développer plus rapidement. Le service est aujourd'hui accessible à 54 millions de citoyens européens, principalement pour les transferts entre particuliers. Le paiement e-commerce constitue la seconde étape de son développement. 2026, l'année du paiement marchand Le déploiement de Wero auprès des commerçants s'effectue progressivement. En France, les premières expérimentations ont déjà commencé avec plusieurs établissements bancaires, notamment au sein du Groupe BPCE. Les premiers marchands peuvent ainsi proposer un paiement par QR code, avec L'École du ski française comme premier commerçant français à avoir accepté Wero (via Payplug). L'été 2026 marque une nouvelle étape. Les marchands qui souhaitent intégrer Wero peuvent commencer leurs démarches auprès de leur banque ou de leur prestataire de paiement. L'objectif est de permettre progressivement l'intégration du moyen de paiement dans les parcours e-commerce. À partir de l'automne, les banques doivent à leur tour commencer à communiquer auprès de leurs clients, à mesure que le nombre d'utilisateurs capables de payer avec Wero augmentera. Le paiement en magasin viendra compléter ce dispositif, notamment grâce au NFC. À terme, un client pourra donc utiliser Wero de la même manière qu'il utilise aujourd'hui un wallet mobile, en approchant simplement son téléphone du terminal. Le calendrier reste progressif, mais la logique est claire : après avoir installé Wero dans les usages entre particuliers, EPI cherche désormais à l'étendre au commerce. Une expérience pensée pour s'intégrer aux habitudes existantes Pour convaincre les consommateurs, Wero doit relever un défi classique dans le paiement : proposer une alternative sans demander de changer ses habitudes. Le paiement par QR code constitue aujourd'hui l'un des premiers parcours proposés. Le marchand génère le code, le client le scanne depuis son application bancaire ou Wero, vérifie le montant puis valide la transaction. Le paiement est exécuté par virement instantané et le marchand reçoit immédiatement la confirmation. Sur mobile, le parcours peut être encore plus direct. L'application s'ouvre depuis le site marchand avec le montant déjà renseigné, sans passer par l'étape du scan. Cette simplicité est particulièrement importante alors que le mobile représente désormais une part majoritaire des achats e-commerce (74% des achats en 2024, Chiffre de la Fevad). « On supprime cette étape du QR code, et on voit clairement que les parcours d'achat sur mobile ont dépassé la moitié des achats e-commerce », Fabrice Le Gall L'objectif n'est donc pas d'inventer une nouvelle expérience, mais de rendre Wero suffisamment familier pour qu'il puisse prendre naturellement sa place aux côtés des moyens de paiement existants. Le coût, un autre argument pour les marchands Pour les commerçants, l'intérêt de Wero ne repose toutefois pas uniquement sur l'expérience utilisateur. Le coût d'acceptation constitue un autre élément important du modèle. Selon Fabrice Le Gall, Wero pourrait être entre 20 % et 60 % moins cher qu'une transaction par carte, selon le profil du marchand. Cette différence s'explique notamment par le recours au virement instantané plutôt qu'aux réseaux de cartes. En réduisant le nombre d'intermédiaires nécessaires à la transaction, le modèle permet de diminuer les coûts associés à son traitement. Pour les marchands, qui supportent depuis plusieurs années une hausse des coûts liés à l'acceptation des cartes, l'argument peut être significatif. Reste toutefois à ce que l'avantage tarifaire s'accompagne d'une adoption suffisante des consommateurs, car un moyen de paiement moins cher n'a de valeur pour un commerçant que si ses clients l'utilisent. Les enseignements de l'open banking Wero arrive dans un marché où d'autres alternatives à la carte ont déjà tenté de s'imposer. L'open banking en est probablement l'exemple le plus évident. Sur le papier, les avantages étaient proches : utiliser le virement pour réduire les coûts et proposer une alternative aux réseaux internationaux. Mais l'expérience n'a pas suffisamment convaincu les consommateurs… Pour Fabrice Le Gall, la raison tient principalement au parcours. « Le consommateur n'avait aucun intérêt à l'utiliser. Il y avait que le marchand qui voyait un intérêt. » Wero cherche donc à éviter ce déséquilibre. Le service est distribué directement par les banques, qui disposent déjà d'une relation établie avec leurs clients. L'expérience est conçue pour se rapprocher des usages des wallets existants et une communication grand public accompagne son déploiement. L'enjeu est désormais de transformer cette accessibilité en véritable usage. La souveraineté européenne au-delà du discours La question de la souveraineté occupe une place importante dans le projet Wero. Elle peut sembler abstraite lorsqu'elle est abordée sous l'angle des infrastructures. Elle devient beaucoup plus concrète lorsqu'une panne ou une décision extérieure vient interrompre les usages quotidiens. Alexandre Coquentin raconte ainsi un épisode vécu lors d'un déplacement à Barcelone, pendant le blackout qui a touché la péninsule Ibérique. Sans électricité ni réseau, et sans espèces sur lui, ses moyens de paiement habituels se sont révélés inutilisables. Cette expérience illustre une forme de dépendance souvent invisible. Une transaction par carte mobilise une infrastructure complexe, dont une partie repose sur des acteurs internationaux et sur des règles qui ne sont pas nécessairement européennes. Wero entend proposer une alternative sur ce terrain. « C'est un système européen, fait par des Européens, pour des Européens, qui répond à nos règles », explique Fabrice Le Gall. Les données de paiement sont hébergées en Europe et chiffrées. EPI travaille également à faire évoluer progressivement son infrastructure vers des acteurs davantage alignés avec cette ambition de souveraineté. La situation varie cependant fortement d'un pays européen à l'autre. La France dispose encore d'un réseau domestique puissant avec Cartes Bancaires, tandis que d'autres marchés, comme l'Irlande, l'Espagne ou la Bulgarie, dépendent beaucoup plus fortement des réseaux internationaux. Pour eux, l'émergence d'une infrastructure européenne représente un enjeu particulièrement important. De moyen de paiement à wallet du quotidien Le projet ne s'arrête pourtant pas au paiement. En effet, à terme, Wero pourrait intégrer d'autres services aujourd'hui dispersés entre différentes applications (identité numérique, vérification de l'âge, abonnements, cartes de fidélité, titres de transport ou billets d'événements). Le paiement constitue ainsi une porte d'entrée vers un wallet plus large, avec une ambition comparable à celle qu'Apple a développée autour d'Apple Wallet. Cette stratégie suppose aussi que Wero dépasse progressivement les frontières nationales. Les premiers travaux d'interopérabilité sont déjà engagés. Un test crossborder a notamment permis à un client de La Banque Postale de payer auprès d'un marchand portugais grâce au hub développé avec Europa, le consortium italien. La Pologne, avec Blik, a également manifesté son intérêt pour rejoindre le dispositif, tandis que l'Autriche doit prochainement intégrer Wero. L'ambition affichée est de rendre le service accessible à terme à environ 130 millions de citoyens européens. Quel avenir pour Wero ? Quelques années après le lancement du projet, Wero est donc entré dans une phase différente. L'enjeu n'est plus seulement de démontrer qu'une infrastructure européenne de paiement est techniquement possible. Il s'agit désormais de l'installer dans les usages. Pour y parvenir, EPI devra réunir plusieurs conditions : convaincre les consommateurs, donner aux marchands une raison économique et pratique de l'accepter, assurer son interopérabilité à l'échelle européenne et construire progressivement un écosystème suffisamment riche pour que le wallet devienne un outil du quotidien. L'objectif annoncé est d'atteindre 20 à 30 % des parcours de paiement e-commerce en Europe d'ici quatre à cinq ans. Un objectif ambitieux, dans un marché où les habitudes sont particulièrement difficiles à déplacer. Wero dispose néanmoins d'un avantage que peu de projets européens ont réussi à réunir jusqu'ici : une coalition importante de banques, une infrastructure déjà opérationnelle et un déploiement qui commence à s'étendre au-delà des paiements entre particuliers. Reste maintenant à transformer cette infrastructure en usage, car dans le paiement, la souveraineté ne se décrète pas, elle se construit dans les habitudes quotidiennes. Retrouvez cet épisode de Radio Retail sur Spotify, Apple Podcasts et YouTube. Partager cet article
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